Le Focusing : retrouver le chemin vers soi
- anoukazar
- 8 févr.
- 4 min de lecture
Le Focusing est une pratique d’écoute corporelle, vivante, que j’utilise à la fois dans ma vie personnelle et dans mes accompagnements. Je l’ai découverte en 2013 lors une formation: The Embodied Life, un parcours qui tisse plusieurs approches somatiques, dont le Focusing et la méditation Zen.
Il s’agit d’un processus naturel, modélisé par le philosophe et psychothérapeute Eugene Gendlin, qui nous reconnecte à ce qui se vit en nous de manière implicite, et ouvre un chemin de dialogue avec le corps pour recevoir les messages qu’il nous adresse.
Le Focusing permet donc de rendre l’implicite explicite, de mettre en mouvement ce qui semblait figé. C’est se relier à l’expérience intérieure qui se déroule et s’actualise, instant après instant.
C’est une impression vague, subtile, viscérale, une sorte de savoir corporel encore flou en deçà des pensées, ou des émotions. C’est donc une manière spécifique d’écouter avec attention, à l’endroit où se forme un ressenti subtil – ce que Gendlin appelle le felt sense ou sens corporel.
Souvent, on projette un récit connu sur une expérience, ou on cherche à l’analyser. Avec le Focusing, on ralentit pour laisser émerger ce qui n’est pas encore clair. On s’ouvre à la découverte de ce qui, en nous, ne se connaît pas encore et cherche à nous informer.
L’origine
Dans les années 1950-60, Eugene Gendlin travaille aux côtés de Carl Rogers. Il se pose une question centrale :
Pourquoi certaines personnes changent-elles vraiment en thérapie, et d'autres non ?
En écoutant des centaines d’heures de séances, il observe un point commun chez celles qui évoluent : Elles s’arrêtent, tâtonnent, cherchent leurs mots, elles ajustent leur récit à leur ressenti, comme si elles tendaient l’oreille à quelque chose en elles, souvent logé dans une partie du corps (le plus souvent : la gorge, le ventre ou la poitrine).
Le processus :
Gendlin comprend que le vrai moteur du changement, ce n’est pas ce que dit le thérapeute, mais ce que la personne fait avec ce qu’elle ressent. Il formalise alors un processus en six étapes :
Dégager un espace en soi
Sentir ce qui est là, sans le forcer : une sensation vague mais significative, porteuse d’un sens implicite. (Felt sens)
on s’assoit à côté de ce qu’on ressent, sans chercher à le changer avec une attention bienveillante jusqu’à ce qu’une forme, un mot, une image émerge. (La prise)
On laisse résonner, on vérifie si ça sonne jute.
On interroge la prise
Accueillir la réponse, et ressentir le « shift » : un apaisement, une ouverture, une clarté.
On s’aperçoit qu’on n’a pas besoin de forcer; et que l’écoute profonde suffit à enclencher un mouvement, et qu’un Le changement naturel en découle. Ce que Gendlin appelle « la tendance actualisante » (carrying forward) : cette capacité du corps à poursuivre son mouvement, à aller vers la vie.
Un des principes du focusing est de laisser le temps afin que le ressenti corporel (felt sens) se transforme par lui-même, à son rythme. Ce n’est pas une technique d’analyse ou de contrôle, c’est faire confiance à la sagesse du corps. Ce qui est en train de se vivre contient déjà sa prochaine étape, implicite, il suffit de créer un contexte favorable et un climat de confiance pour que le processus puisse advenir.
Par exemple: une personne sent une boule dans la gorge en pensant à un conflit. Si elle reste avec cette sensation, avec curiosité bienveillante, sans chercher à la fuir ou à l’interpréter, quelque chose peut bouger de l’intérieur : une image, une mémoire, une compréhension ou un relâchement corporel peut émerger.
Carl Rogers a identifié trois attitudes fondamentales, qui soutiennent la pratique de l’approche centrée sur la personne (ACP) et donc du Focusing :
Le regard positif inconditionnel : accueillir ce qui est là sans jugement, ni tentative de changer quoique ce soit.
L’empathie : Ressentir de l’intérieur ce que l’autre vit, tout en gardant une présence claire sans se perdre.
La congruence : être vrai avec soi-même, authentique dans la relation.
Ces qualités humaines créent l’environnement intérieur sécurisant où le sens corporel peut émerger, se dire, se transformer.
Avec le focusing on apprend à être en relation autrement avec le problème. On ne fusionne plus avec sa difficulté. On ne la fuit pas non plus. On la regarde à bonne distance, avec une forme d’accueil et de curiosité. J’ai également remarqué et toujours avec émerveillement à quel point la confiance dans le processus joue un rôle essentiel dans la fluidité et la profondeur de ce qui peut émerger !
Un art d’habiter sa vie
Le Focusing est un outil thérapeutique et c’est aussi un art d’habiter sa vie. Un chemin d’écoute, de présence, de transformation. Un moyen de retisser du lien entre soi et Soi, entre corps, cœur, et esprit. Avec la pratique il nous reconnecte avec des capacités innées d’intuition de connection à notre vérité intérieure.
Il nous rappelle que le corps sait, et qu’en lui réside la prochaine étape de ce qui cherche à naître.
Anouk Azar



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